Aragon : La grande Gaîté

 

  

Rentrer Aragon

Rentrer maison

 

 

 


 

MA MAIN DANS LA GLACE



La main qui dessine
La main qui étreint
La main qui dessine
La main qui étreint

La-main-qui-dessine-la-main-qui-étreint
La-main-qui-étreint-la-main-qui-dessine

La main qui éteint
La main qui décline
La main qui éteint
La main qui décline

La-main-qui-éteint-la-main-qui-décline
La-main-qui-décline-la-main-qui-éteint

Mains mains mains

La main qui domine est Ma main

 


 

NAUFRAGE-ENSEIGNE



À la pointe des seins
À la pointe des seins

À  l a  P o i n t e  d e s  S e i n s


 

LE JAMAIS DIT
FRISSON



Cette semaine
On joue un film intitulé

PUR SANG AÉRIEN

 


 

BERCEUSE



Chie chie chie chie donc chie
Écoute la voix de ta mère
Petit enfant chie
Comme les grands de la terre

M. Poincaré
Mme Selma Lagerloff
Les princes de la Maison de Belgique
Le grand Antoine
Mme Grazzia Deledda
Toute la famille Berthelot

Chie chie chie chie donc chie
Écoute la voix de ta mère
Petit enfant chie
Comme les grands de la terre

Mme Mary Pickford
M. Rudyard Kipling
MM. les Commissaires de police
Mlles leurs filles
M. François de Curel
M. le Maréchal Pershing

Chie chie chie chie donc chie
Écoute la voix de ta mère
Petit enfant chie
Comme les grands de la terre

Et cætera M. Mme
Et cætera hem hem Barthou
La gadoue et le guano
L'Automobile Club de France
Et Merde et Cone et Dégueulasse
Le Faubourg la Banque et les Pétrolifères

Chie chie chie chie donc chie
Écoute la voix de ta mère
Petit enfant chie


Si tu peux comme les grands de la terre

     


 

RÉFRACTAIRE



Pour me faire faire pipi
Pisspiss disait ma nourrice
Pour me faire faire pipi

Pour me faire faire caca
Kakkak disait l'infirmière
Pour me faire faire caca

Pour me faire faire à droite alignement
Broufbrouf disait la moustache
Pour me faire faire à droite alignement

Mais je ne fais plus à droite alignement

Ni pipi ni caca C'est fini

 


 

PORTRAIT



Rêvé de l'auteur de la Marche Lorraine
Pensé à l'aurore aux Bourgeois de Calais
Pour l'apéritif lu La Jeune Parque
Tout l'après-midi fredonné Je cherche
Après Titine et le soir Le Petit Quinquin

Je suis M. Faralicq le commissaire bien connu

 


 

TRÈS TARD QUE JAMAIS



Les choses du sexe
Drôle de façon de parler
Triste façon de parler
Des choses du sexe

Je m'attendais à tout
Mais aucunement à ces mots-là

 


 

ÇA NE SE REFUSE PAS



Garçon un cure-dent
C'est pour le Maréchal
Garçon un coup de torchon
C'est pour le Général
Garçon une capote anglaise
C'est pour l'armée française

 


 

ART POÉTIQUE



On me demande avec insistance
Pourquoi de temps en temps je vais à
La ligne

C'est pour une raison
Véritablement indigne
D'être cou
Chée par écrit

 


 

TRÈS MAUVAIS



Avec mon crayon trempé dans le Vittel
Je vais écrire un poème immortel
À la gloire des Petits Beurres LU
Ils me rappellent une dame aux yeux bleus
Je pense à elle très longuement
Et ça met un frein à l'inspiration
Du moment

 


 

LES DERNIERS JOURS



Les philosophes les artistes
Les crémiers les gens très bien
Sont tombés dans le précipice
Pas besoin d'enterrement

Plus de théories de peinture
Le monde en reste désolé
Heureusement que pour se distraire
On a la Radiophonie

 


 

CINÉMA



Il y a ceux qui bandent
Il y a ceux qui ne bandent pas
Généralement je me range
Dans la seconde catégorie

 


 

SALE CON



Ce titre suffit à soi-même
J'en connais qui n'en diraient pas autant

 


 

MODERNE



Bordel pour bordel
Moi j'aime mieux le métro
C'est plus gai
Et puis c'est plus chaud

 


 

JAGUÈRE ET NADIS



Les petits pierrots au clair de la lune
Au clair de la lune ah petit papa
C'était le bon temps Chat Noir et Maurice
Donnay
Il y a des noms qui font rêver que c'est
Un rêve
Par exemple Fursy
Ah pour le bon temps c'était
Le bon temps

 


 

30 ANS OU LA VIE D'UN JOUEUR



J'ai un rhumatisme à l'épaule
Droite
Mal à mes petits os
À mes petits pieds
À mon petit nez
À mon petit cul
Je suis un type foutu

Charleston

Je suis un type foutu

 


 

TANGO FOLIE



Toutes toutes toutes
S'il en reste encore
Toutes toutes toutes
Je n'ai pourtant rien compris à ce qu'elles nommaient l'amour

 


 

TEL QUE



Quand je vois des femmes comme ça
C'est pourtant vrai ça m'attriste
Ce n'est pas leur faute mais
La mienne
Je ne me sens pas un homme
Je me sens
Un pauvre déchet pas très propre
Un petit lambeau de pantalon
Une lamentable quéquette

 


 

LITANIES DE ***



Elle a les plus beaux yeux du monde
Ah la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait

Elle a les plus doux seins du monde
Ah la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait

Elle a les plus cruelles mains du monde
Ah la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait

Elle a les plus mystérieuses dents du monde
Ah la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait

Elle a les plus troublants regards du monde
Ah la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait

Elle a les plus fines jambes du monde
Ah la belle la belle la belle jambe
Que ça nous fait

 


 

EXAGÉRATION



Oh ma zizi
Oh ma zizi
Tes petits seins tes petits
Pieds
Pieds pieds pieds pieds
Tes petits pieds sur mes grands seins

 


 

PARTIE FINE



Dans le coin où bouffent les évêques
Les notaires les maréchaux
On a écrit en lettres rouges
DÉGUSTATION D'HUÎTRES
Est-ce une allusion

On me fait remarquer que c'est pitoyable
Ce genre de plaisanterie
Et puis c'est mal foutu paraît-il
En temps que Poème
Car pour ce qui touche à la Poésie
On sait à quoi s'en tenir

Moi je n'ai pas fini de prendre en mauvaise part
Tout ce qui touche à la flicaille à la militairerie
Et plus particulièrement croa-croa aux curetages
Je n'ai pas assez le goût des alexandrins
Pour me le faire par-donner pan pan pan pan

Mais ici même si on ne sait d'où elle tombe
D'où tombe-t-elle d'ailleurs D'ailleurs
Il me plaît d'opposer à la clique des têtes à claques
Une femme très belle toute nue
Toute nue à ce point que je n'en crois pas mes yeux

Bien que ce soit peut-être la millième fois
Que ce prodige s'offre à ma vue
Ma vue est à ses pieds
Son très humble serviteur

 


 

POIDS



La dame était légère
Le monsieur léger
Mais à deux nom de Dieu
Quel plomb

C'était la faute aux lunettes d'or

 


 

TERCETS

Le trousseau de clefs tout aux belles chimères
Se fredonnait
Une chanson du bon vieux temps

Pauvre insensé tu n'as pas vu l'autruche
Qui s'apprête bis à te dévorer
Pauvre insensé

Elle a lissé avec la brillantine
Son poil d'oiseau
Avec la brillantine

Et maintenant elle a l'air de quelque chose
L'oeil très intelligent
Le pied sûr comme une personne d'instruction

Qui dirait que dans sa patrie
On ne la considérait pas du tout
Les salons lui restaient lettre morte

Mais depuis qu'elle couche avec le parapluie
Tout le monde lui saute au cou
Elle sourit et dit Jolie parure

Le parapluie se frise la moustache
Et fait allusion à Joséphine de Beauharnais
Manière de se pousser du col

Dans une vie antérieure
Il aurait rêvé d'être pacha d'Égypte
Mais il se demande

Si dans une pareille aventure
Son harem aurait enfermé des houris ou des momies
Car il n'est pas très fixé sur l'Égypte

 


 

FILLETTE

Je voudrais lécher ton masque ô statue
Saphir blanc
Tes cheveux carrés
Fourrure
Ô sacré nom de Dieu de rouge aux lèvres
Murmure
Exquise enfant bleu pâle
Je voudrais lécher
Ton
Casque
Ô tutu
 


 

DÉCLARATION DÉFINITIVE

Fais un trou dans ma pauche
Goche
Mais mon chéri et ton trousseau
De clefs
Qu'il tombe qu'il tombe le vampire
Dans le ruisseau la boue l'ordure
Tant pis Si les balayeuses
Mécaniques
Passent par là traînant leurs jupes
Démodées
Si les flics efflanqués se foutent
La gueule par terre
Le pied pris dans l'anneau
Pour la sûreté desdites
Clefs
Tant pis si les dames d'un air
Désapprobateur
Verrouillent leurs portes métaphysiques
Sur mon passage
Car
Je n'aime que toi
 


 

AU CAFÉ

Ils ne sont pas jolis
Ils sont affreux

Je n'ajouterai qu'un mot

C'est insensé l'invention qu'il y a dans l'affreux
 


 

MALADROIT

Premièrement je t'aime
Deuxièmement je t'aime
Troisièmement je t'aime
Je t'aime énormément

Je fais ce que je peux pour le dire
Avec l'élégance désirable
Je n'ai jamais su le moins du monde
Inspirer le désir
Quand j'aurais voulu l'inspirer
Un exhibitionnisme naïf en matière de sentiment
Me caractérise au moral comme au physique

Nom de Dieu tout ça n'est guère amusant
Comme attraction c'est zéro
 


 

N'EST PAS VICE

Je t'aime pourtant
D'un amour ardent
Dont rien je le sens
Ne pourra me
Défaire

Je voudrais avoir écrit ce quatrain
Etre l'homme qui a é
Crit ce quatrain o u y grec
Aurais-je récemment douté de la durée de tout amour
D'un amour ardent cela sonne comme un titre
Me défaire or
Nous sommes au soir d'une défaite

Pourtant ce pourtant-là n'est pas
Le moins mystérieux de tout

Toutou

Mais j'entends bien tu m'appelles
 


 

ANGÉLUS

Vous qui riez
Sans doute que vous trouvez ça drôle
Ce n'est pourtant pas joyeux

Le noyé cheveux dans la merde
Qui suit la Seine et ses poissons
Au son des cloches
Le noyé multicolore au ventre énorme
Le noyé grotesque azur les pieds devant
Boomerang du destin
Croyez-vous vraiment qu'il se marre

Vous qui riez etc

La boue avec ses vieux tickets de métro
Ses rides que les pieds dérangent
Sa puanteur particulière
Tout le trottoir et ses hantises
La boue
Avec ses numéros d'autobus
Ses vieux débris ses déchets de l'instant

Vous qui riez etc

Dans le placard les bottines
Ces deux amnésiques nonnes
Un cheveu tombé sur la moquette
Les bottines
Elles n'ont pas perdu que la mémoire
Elles ont aussi perdu deux ou trois boutons

Vous qui riez etc

Autour des boutiques blondes
Petits hommes sans espoir
Rôdant avec leurs moustaches
Comme des miroirs brisés
Épient autour des boutiques habituelles
La fruitière la crémière
Et la bonne renvoyée

Vous qui riez etc

Midi roi des étés Tu parles
Tu n'as pas vu le macadam
Le pot de lait concentré qu'on n'achève
Pas mais qui servira pour ce soir avec
Sa mâchoire édentée à la façon des vieillards
Plutôt qu'à celle des tatous
Tu parles

Vous qui riez etc

Des vieillards justement les voici
Assis
Ici
À la terrasse des cafés avec les plus jolies femmes du monde
Ils les pelotent Ils bavent Ils sont
Égrillards l'oeil cochon mais rouge le nez
Frémissant et morveux
Les oreilles poilues la peau tachée
De larges plaques brunes et vertes
Ils tirent de temps en temps
Non pas des coups de revolver
Non pas des coups de chapeau à ces jeunes gens qui reluquent leurs
compagnes
Non pas les conséquences d'une vie arrivant à sa fin
Mais leur portefeuille
Et le rentrent très vite en hoquetant

Vous qui riez etc

Ils pelotent les femmes
Et s'ils se contentaient encore
De les peloter
Mais non
Ils leur racontent des histoires
Ils font les jolis garçons
Ce sont nos pères Messieurs nos pères

Qui trouvent que nous ne leur ressemblons pas

Honnêtes gens qui
Eux ne se sont jamais fait sucer qu'en dehors du foyer conjugal
Ah ils en connaissent des trucs ces vieux-là
Ils ne respectent que
Ce qui est respectable
Regardez dans leurs doigts les putains qu'ils manient
Leurs yeux comme des loteries
Leurs yeux immenses où saute à la corde
Un cygne noir devenu fou
Il va chanter mais ce qui tourne
Ce moulin à café chantant
Déroule un paysage étrange où sommes-nous
Les routes croisent l'infini de leurs pas
Nous sommes au coeur d'un dessin calligraphique

Fait d'un seul trait de plume
Au comble de la complication
À la margelle où vont le soir
S'abreuver les belles porteuses de mystères
Les belles inconnues non algébriques
Celles qui tiennent dans leurs mains la pierre philosophale
Celles qui ont la pureté du couteau celles
Celles
Qui ne ressemblent aucunement
À nos mamans

Vous qui ne riez plus etc
Vous qui ne riez plus ceci est votre angélus
 


 

VOYAGEUR

Dans la frégate Je-te-suce
Il s'enrôla tout jeune encore
C'est dans les voiles dans les voiles
De ce vaisseau-là
Qu'on m'exilera

Dans les colonies des secousses
Que d'yeux crevés par le plaisir
C'est dans les voiles dans les voiles
De ce vaisseau-là
Qu'on m'enivrera

Toutes les femmes qui dormirent
S'éveillèrent disant encore
C'est dans les voiles dans les voiles
De ce vaisseau-là
Qu'on m'enlèvera

Elles coururent vers la plage
Plus personne un palmier sur l'eau
C'est dans les voiles dans les voiles
De ce vaisseau-là
Qu'on m'enterrera
 


 

VOYAGE

Avec son bateau
L'explorateur intrépide
Avait passé le Cap de la Trentaine
À peine eut-il tourné le coin
Qu'il sentit une affreuse odeur aigre
Qui se dégageait de lui-même
Ça commence bien
Dit-il
 


 

VOYAGES

Comme il allait de con en con
Il devint terriblement triste
Comme il allait de con en con
Terriblement triste
 


 

TRIOMPHE DE LA MOUSTACHE

Dans une cravate paon triste
L'épingle a l'air de s'emmerder
Améthryste pic pic pic les petites perles
Le tout surmonté d'un Monsieur

Le Monsieur porte des paupières
Avec mille plis sanieux qui font riche
Derrière l'or du lorgnon
Et quelle moustache imposante Blond filasse
Perpétué par le tabac

Il y aurait à dire des moustaches
Qu'elles sont l'honneur d'une nation qui n'en a pas d'autre
Le superbe baldaquin comme il surmonte élégamment
L'égout des lèvres et le petit fessier du menton

Le complet veston anonyme le bloum la légion d'honneur
Tout ça disparaît s'efface et la trogne
Petite violette s'éteint
Devant le poil qui part des narines
Pour s'effiler vers les bajoues

Telle est la majesté de la moustache
Que ce n'est pas seulement le pauvre con qui la porte
Qu'on ne voit plus à l'ombre de ce mancenillier
Mais que le paysage en ressent le contre coup dévastateur
Les vitres se brisent le plancher se fend
Les tapis se roulent en silence
On remarque des repasseurs de couteaux
Qui s'arrêtent dans la rue et ne savent plus ce qu'ils
Ont bien pu faire de leur meule

La meule en réalité
S'est enfuie au pays des rêves Elle est
Tombée amoureuse des moustaches
Elle voudrait les aiguiser
Désiderata de l'émeri mais hélas
Elle a pris le mauvais chemin
Car les moustaches
Sont parties cahin caha
Dans une direction toute autre et voyez-les
Là-bas pareilles à un aéroplane
Qui vont à travers le ciel pur d'une belle
Matinée hivernale
Vers la porte des cabinets

 


 

FAIBLEMENT DIT

Je n'aime pas les gens qui crachent dans la soupe
Je n'aime pas les gens qu'un rien fait parler
Ou sourire
Je n'aime pas les gens qui lèchent les pages des livres
Sous le prétexte de les tourner
Je n'aime pas les gens qui me demandent
Où j'ai l'intention de passer la soirée

Je n'aime pas les gens

Je n'aime pas les gens qui pètent
Même intellectuellement
Je n'aime pas les gens qui empestent l'ail
La buffleterie ou la soutane
Les sous les choux la crotte et l'empressement
Je n'aime pas les gens qui se tripotent en regardant les femmes
D'une façon manifeste

Je n'aime pas les gens

Qui prétendent réglementer ma vie
Mon temps mes goûts mes écarts de langage
Qui non contents de rigoler aux premiers bafouillements
Venus d'un homme du monde avec politesse
Trouveraient mauvaise la moindre
De mes pensées
Je n'aime pas les gens je vous dis que

Je n'aime pas les gens

Parce qu'ils sont effroyablement bornés et stupides
Parce qu'ils déjeunent et dînent aux heures fixées
Par leurs parents parce qu'ils vont au théâtre à l'école
À la revue du Quatorze Juillet
Parce qu'ils se marient voyagent de noces
Foutent légalement des enfants
Qui seront enregistrés au jour dit
Deviendront soldats putains en carte
Fonctionnaires
Préposés aux chalets de nécessité les plus divers
Parce que quand on a fini on recommence
Parce que de tous les sentiments imbéciles
Le sentiment familial est non seulement
Le plus répandu mais le plus
Révoltant et je te baise et je te tapote
Et tout de même c'est si gentil les enfants
On a beau dire et puis
Ils font des mots d'esprit et des farces
Apprennent quand il faut une fable un compliment
Parce que tous ces pains d'épices
Quand ça me chante de ne rien faire comme eux
En causent et s'étonnent
Parce que je les dégueule que je
Hausse les épaules devant les boas de leurs femmes
Les cerceaux de leurs rejetons
Les appartements de leurs bedaines
Parce que moi
Je ne suis pas en règle avec le maire et la patrie
Que je ne me cache pas de l'horreur qu'ils m'inspirent
Parce que

Je n'aime pas les gens
 


 

RÉPONSE AUX FLAIREURS DE BIDET

Je me souviendrai longtemps
D'une voix qui disait
Aimez-vous les profiteroles

Écho du monde les paroles

Dans la petite ville où je suis
Depuis deux jours il n'est question que d'un suicide
Un comptable autant dire un chansonnier
La belle carrière qu'il aurait eue à Paris
S'il l'avait voulu
Mais voilà
J'ai entendu dire à plusieurs reprises
Qu'Un Tel n'avait pas de chance
Ou qu'il s'y était mal pris
Bizarre son des c'est dommage
Quoi qu'il m'arrive
On appréciera diversement les écarts de ma destinée

Cet univers de crocodiles
A des expressions très réussies
Pour qualifier tout ce qui touche à la déroute
Mais où il devient excellent
C'est quand les peines de coeur pleuvent
Sur l'un des plateaux de la balance
Et font la tare d'un indiscernable égarement
Réflexions impayables Hochements de tête
Rien n'y manque

Les Messieurs avec l'attirail
De la bonne réputation
Une femme une bague en or un pardessus
Sur la tête une chose ronde et noire
Un morveux placé à leur talon
Comme la molette des officiers de la cavalerie
Ont le droit au trottoir payé
Avec le fruit légitime des impôts de la commune
Les portes claquent les rideaux tombent
La rue est vide et propre le ciel noir
Ou bleu peu importe les fleurs sont dans les pots
C'est l'essentiel
Dans l'ordre il est dans l'ordre
Que les morts et les vivants se croisent sur les chaussées
Les premiers sur des chars les seconds sur leurs pieds

Jusqu'ici tout va bien
Cette redingote ne
Fait pas un pli

Dans les familles
On parle quelquefois à l'heure
Où les enfants devraient être couchés
De certaines mauvaises femmes
Sur lesquelles on ne s'explique pas
D'un cousin qui nous en a fait voir de drôles
Enfin c'est un mauvais sujet on change
De conversation

Qu'est-ce qu'elles ont mais qu'est-ce
Qu'elles ont ces femmes
De plus que nous dit la mère
Et son regard enveloppe la maison

Sur les pavés comme des mouches
Certains jours d'hiver ou d'été
Des hommes irréprochables
Tombent seraient-ils saouls mais non
Morts ou condamnés d'avance
À la chaise à perpétuité
Quel ennui pour leurs proches

Je suis dit Monsieur Briand l'autre année
À la Tribune de la Chambre
Un homme qui a
Eu sa jeunesse
Encore on peut imaginer que cet homme politique
Périra sans scandale et sera l'objet
D'un enterrement de première classe
Où ne seront évoqués que ses succès d'orateur
Et les services rendus à la Chose Publique

Cependant le gosse obligatoire
Celui qui faisait bien sur les pas du papa
Ce petit suintement de pipi hors des langes
Ce chialement qui fait dire aux voisins à tour de rôle
Merde et le gentil enfant
Cette chiure ambulante qu'on fagote afin
De l'exhiber aux relations le dimanche
A pris doucement forme humaine et malhabile
Commence l'oeil vague à se branler
La tête pleine d'images interdites de lueurs
Sinaï qui montre dans la plaie des nuages
Une divinité singulière étrangement ressemblante
A une carte postale où l'on voyait
Entre les jambes de soie d'une fille nue
Malgré les mains jointes par fausse pudeur
Un peu de poil sombre au bas mystérieux du ventre

Je pense au magnésium du photographe
Spécialisé dans les académies
Ô sperme éclair

Dandinement des seins les gorges
Changent chantent sous les baisers
Collines caressées d'aurore
Fauves bécanes du plaisir
Or les mamelles les mamelles bondissantes
Président aux métamorphoses du mobilier
Dans la chambre où les yeux phosphore
Se sont séparés du visage
Aimé
Pour tourner autour de la femme de la femme qui sent le feu
Ah sanglots mordus par la bouche
Ruisselante encore de foutre
Voilà qui n'était pas prévu
Au programme
Et pourtant rien sinon cette
Convulsion
Désormais ne comptera dans l'immense chaos
Plus pour ce cadavre ensorcelé qui n'a
Vait jamais demandé cette vie à personne

Je me souviens du lit maternel Tous les jours
Des domestiques l'époussetaient sans songer à la plaisanterie
Et ne voyaient pas malice à regarder l'enfant
Après l'alcôve

Je chante le plaisir stérile et ses mille façons
Celui qui trouve sa route à travers une chevelure
Celui qui comme un cheval
Saute par dessus la haie des doigts
Celui qui meurt comme une mer sur le ventre
Celui qui s'égare n'importe où
Et celui comme un vin que l'on boit par secousses
Je chante le plaisir stérile
Soixante-neuf le beau scorpion marie
Les visages hagards aux sexes sans mesure
L'homme assiste au plaisir féminin qui obscurcit ses regards tandis
Que la vertigineuse face qui s'engouffre attire
L'homme très loin du con devenu ciel par un nouveau langage
Qui n'a qu'un mot pour tout dire
Et pour tout exténuer

Regarde maintenant jeune homme
Le couple qui se désagrège
Le miroir est gris de buée
Ce sont les baisers qui obscurcissent l'univers
Une suave odeur séminale a couvert les deux corps
D'un drap plus lourd que les fleurs du magnolia
Elles-mêmes en tout semblables
Au cul lassé de ta maîtresse
Ne bougez plus vous deux que tout endort à présent
Vous suivez une idée étrange qui succède à la décharge
Comme la nuit étrangement succède au jour
 *
* *
Je chante ce qui s'enfuit avec le foutre et le désir
Je chante l'inappréciable de cette furie
Ce qui dépasse le but et qui ne l'atteint pas
Ce qui défie encore la psychologie moderne
L'incontrôlable
La perte où rien ne permet de dire
Ce qui est vraiment perdu Je chante
L'amour le seul amour sans calcul l'amour
Pur
Qui ne récolte pas ce qu'il se refuse à semer

Je chante l'amour qui sait ce que c'est que d'aimer
 


 

SYMBOLE

La chronologie bras dessus bras dessous
Avec son petit homme
S'est envoyé pour quatre sous
De fritures de pommes
De terre
 


 

LETTRE AU COMMISSAIRE

Le cri À l'assassin s'élève dans la nuit
Et la gorge qui par
En haut laisse échapper ce
Ballon sphérique
Jonche de trente-six glaïeuls par en bas
Le sol au bertillonnage propice

Je n'ai jamais très bien compris cette distinction qu'on établit parmi
les hommes
Entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas
Commis d'assassinat Beau vers
À l'idée inconcevable d'un non-assassin
Mes cheveux se dressent mes dents claquent
Je n'aime pas les monstres négatifs

Si l'on pouvait suivre à la trace la bêtise humaine
Je remonterais ce fleuve avec un petit canoë
Vivant de ma pêche et des fruits de la rive
Gaulés suivant les cas ou secoués pourrissants
J'arriverais dans un havre d'hystérie
Où le prix de la vie est affiché chaque matin sur un mur convulsif
Où la cornette d'une religieuse s'amuse à dessiner
Le profil du Président du Conseil en ombres chinoises

Les gens voyez-vous ont un idéal
Mourir dans leur lit Drôle d'avantage
Mourir tranquillement dans l'urine et le papier d'Arménie
Mourir comme un robinet dans un tiroir
Comme une crécelle dans la moutarde
Un phonographe dans l'oubli
Ah soyez jaloux des horloges qui se détraquent
Des crèmes qui tournent
Des encrassements de cabinets d'aisance
Soyez jaloux de l'usure de vos habits
Moi les casse-noisettes au milieu des tremblements de terre
Les bris d'essieu à toute allure
les ruptures d'anévrismes au sein de l'imagination
Faire sauter la banque
Crac l'allumette des pétroleuses de l'amour
Les décors insignifiants la merveilleuse
Jacinthe
Qui est le dernier objet aperçu par l'oeil agonisant
Ou peut-être un siphon vide
Moi les regards qui chavirent sur une pierre à feu
De la mort violente ce soir je fais une fois de plus l'apologie

J'espère être tué d'une façon tout a fait absurde
Un jour absurde comme le jour d'aujourd'hui
D'une façon tout à fait absurde
Par un homme ou par une rame de métro
Au milieu d'une action sans noblesse
Si je ne craignais pas de passer pour un fesse-Jésus je dirais
En état de péché mortel
J'espère être tué comme un nigaud
Avoir comme on dit dans les journaux une mort bête
Je ne sais si je me fais bien comprendre
Mais si je pouvais véritablement choisir
J'opterais sans doute pour un assassinat
Un vulgaire assassinat motif le vol
Je ne fais aucune recommandation au meurtrier
Peu m'importe d'être coupé en morceaux
Et dispersé
Peu m'importe l'alternative couteau revolver
L'élégance de la blessure
La mise en scène le lyrisme
Je veux un petit assassinat classique pas très loin
Du commissariat du quartier pour que l'on dise
Voyez donc la police elle ne sert pas à grand'chose
Mais je n'y tiens pas essentiellement

Je fais l'apologie
De la mort violente sans prestige et sans éclat
Voilà qui est exemplaire sain réconfortant
Qui donne du monde une haute idée
Qui nourrit l'optimisme
En un mot qui répond à une vue de l'univers
Véritablement philosophique

 


 

MYTHOLOGIE

Assis à sa table à écrire
Il écrivait
Des poèmes d'un optimisme béat
 


 

TRAGEDIE

Ce jeune homme avait l'habitude
D'oublier sur les meubles les plus divers
Sa bite
Quand il s'en apercevait
Il était dans la perplexité
Il allait chez Je cordonnier
Avez vous vu avez vous vu
Le cordonnier était hindigné
Il allait chez la manucure
Vous avez vu vous avez vu
La manucure elle disait Monsieur
Je n'en ai cure
Il allait chez le facteur de pianos
Avez avez avez vous vu
Le facteur de pianos montait sur ses grands chevaux
Il allait chez le Préfet de la Seine
Aé ou u aé ou u
Le Préfet de la Seine riait parce qu'il trouvait ça obscène
Il allait chez le Ministre de la Guerre
Chez l'orphéoniste le danseur de corde l'obélisque de la Concorde
Il allait chez la devineresse chez la grande actrice le myrmidon
Aéouhu aéouhu
Quand un jour le pharmacien du boulevard Sébastopol
Qui met de la réclame dans les pissotières
Lui fit judicieusement observer
Que si on l'avait vue
On ne la verrait plus

 


 

BALLADE

Quand il vint la chercher
Que de paille devant la porte
Où est où est où est
Pas un mot de plus elle est morte

Le téléphone en deuil sonnait pas libre
La lueur du four crématoire
Au fond du vieux mythe renouvelé
Servait à un faire-part imprimé
De chambre ardente

Au milieu de ses larmes
Le fiancé se surprit à penser à une enseigne
À La Religieuse Deuil immédiat
Et comme pour préparer l'innocente
Aux joies de la conjugalité
Il lui avait fait cadeau de la Religieuse
De Diderot
Dans une édition courante
Il se sentit frissonner

Cependant les visiteurs sur la pointe des pieds
Défilaient défilaient devant la vierge morte
Saluant d'une main se branlottant de l'autre
Car il ne faut jamais perdre une bonne occasion
Très digne sur le pas de la porte
L'assassin avec componction
Recevait les condoléances
Et les mettaient dans des pots
C'était un curieux assassin que cet assassin

Il était plus curieux à vrai dire
Comme assassin que comme godemiché
Car comme godemiché
C'était un godemiché très ordinaire
En tous points pareil
À tous les godemichés que l'on trouve dans les familles
Appartenant a la bonne bourgeoisie
Ni trop petit
Ni trop grand
Juste ce qu'il faut
 


 

SANS FAMILLE

On a changé Ce matin le papier à roses de ma chambre d'hôtel
Pour un papier à grenouilles Sans
Que personne soit entré Sinon
Un souvenir habillé dans une robe très fraîche toute blanche

Ces batraciens ont conclu contre l'apparition lumineuse
Une ligue pour la chasser de ma mémoire
On ne s'entend plus Quel tintamarre
Et jusqu'au Crapaud Téléphone qui cro
Asse
Mon crayon qui se casse Cependant

Je revois le chemin désert entre des jardins étranges
En pleine démolition
Ce quartier de Paris personne ne pourrait le reconnaître
Des sphinx blancs ont surgi de la mousse vers le ciel
Alors dans la venelle
Pareille à la course du facteur de porte en porte
Pareille aux reprises de la respiration dans les sanglots
À nos pieds la Seine avait l'air
D'une tisane renversée

Sur le chapeau qu'est-ce qui paraissait être des cerises
Dans les yeux qu'est-ce qui paraissait être de l'amour
Ses deux mains étaient la flamme et la neige
Et quand elle eut versé sur ma bouche l'alcool
De l'incendie
Je la saluai par son nom la Provocation
Que les marais des murs se taisent
Plombs muets joncs imaginaires
Ce quartier de Paris personne ne pourrait le reconnaître
Elle me dit du milieu de sa blancheur
Cette robe est assez mince pourquoi vouloir
L'écarter ne peux-tu
M'aimer ainsi
Idole ô véritable idole je t'ai rendu
Le culte exigé j'ai souillé ta robe
Un soir d'été voilà longtemps
Sans doute suis-je enclin comme personne
À ces dévastations de mon amour
Il y a n'en doutez pas un abîme sexuel
Entre les braves gens et moi

Toute ma vie
J'ai gravement répandu mon foutre inutile
Comme un feu qu'on allume au bord d'une mer sans navire
Peut-être qu'un signe dans les étoiles
A répondu parfois à mes baisers perdus
Je ne le saurai pas Je ne garde
Que deux ou trois images convulsives
Des femmes que j'ai mortellement aimées
Maladroit naufrageur ton trésor réside
Dans quelques bouts de chiffon jugés sans valeur
Toutefois tu préfères encore ces terrains vagues
Au bonheur qui se repaît vertueusement dans les maisons bourgeoise-
Ment habitées Tu es décidément bien perverti
 


 

TRANSFIGURATION DE PARIS

Cela débuta d'une façon très naturelle
Dans un bordel de la rue de l'Echaudé Saint-Germain
Un fantaisiste était venu brûler ses lettres d'amour
La maçonnerie étant ancienne le feu
Prit à la cheminée Un cordon de flics
Barra la rue et
Devant le Palace Hôtel un taxi s'agenouilla

Ainsi recommença parmi les rouges G7
Le culte aboli de Zoroastre
En plein coeur de Paris
Beauté des sacrifices humains sur les trottoirs de la capitale
Aux étalages des fleuristes
Les automobiles paissaient les premiers lilas
Les bâtons des agents jonchaient les pieds lyriques
Des chauffeurs vêtus de peaux de bêtes comme
Tes enfants ô Caïn
Les accidents rendaient aux femmes des postures mythiques
Je n'oublierai jamais la Léda de la Chaussée d'Antin
Attiré par les clameurs des filles blessées
On avait vu l'énorme oiseau
Fait à la semblance d'un vit hyperbolique et blanc
Comme son sperme de nuées
Accourir dans le ciel froid du matin
Tourner un instant au-dessus des boulevards cherchant sa proie
Puis non loin des Galeries Lafayette
Fondre sur une passante étrangement belle
Qui se promenait avec une agitation très spéciale
Froissant un mouchoir prophétique
Sans voir personne
Les yeux démesurés par son destin

La journée passa toute entière
À l'ombre de cet oiseau
Qui fit à Paris sa nuit blanche
On en parlera très longtemps
Tout se comprenait mieux à la lueur blafarde
Qu'il répandait sur les maisons comme une nappe de cérémonie
Les épouses les maîtresses
Liées par le mensonge et les serments extorqués
Celles qui redoutaient les yeux des autres hommes
Celles qui rêvaient
Celles qui regardaient longuement leurs mains pâles
Celles qui tremblaient
Les pénitentes du miroir
Celles qui se coiffaient pendant des heures
Celles qui restaient au lit tout le matin comme frappées du tonnerre
Celles qui se prenaient interminablement à contempler
Leur compagnon habituel endormi la bouche
Légèrement ouverte et ronflotant

Les femmes soudain dans cette neige se levèrent
Et sans prendre toutes la peine de s'habiller
Quittèrent leurs maris leurs enfants leurs craintes
Descendirent les escaliers dont la rampe se termine
Par une boule merveilleuse qu'effleura leur main
Puis dans la robe de la ville
Roulèrent leurs corps comme des larmes
Comme les diamants tombés d'un diadème
L'oiseau du haut des toits plongeant
Prenait son plaisir sur l'asphalte Refrain

Ce n'est qu'à l'aurore aux doigts incertains
Que les grands phallus s'éveillèrent
Rassemblement Place Vendôme
La colonne prit la tête de la procession
Elle débaucha les clochers des églises
Dont les couilles se mirent à sonner
Ce fut une belle promenade
Au cours de laquelle tous les ordinaires
Salueurs de drapeaux furent obligés de se découvrir
Une belle promenade
À laquelle se joignirent les véritables désespérés
Une promenade de plusieurs jours
Entre les immeubles neufs les cafés les berges de la Seine
Les maisons leur jetaient des fleurs enflammées
Arrachées à leurs fronts
Mon beau Paris dit la colonne
Tu as le sens irremplaçable de l'amour
Les échos tous les échos lui répondaient
Des chansons sortaient de la bouche des égouts
D'Aubervilliers de Pantin des Lilas
De Malakoff et de Bicêtre venaient des clameurs
Poussées par les fumées
Et les voitures maraîchères entassées dans les Avenues de l'ouest
Lançaient par manière de plaisanterie
Des carottes aux vieilles prudes du seizième
Et du dix-septième arrondissement

Mais le plus beau moment ce fut lorsqu'entre
Ses jambes de fer écartées
La Tour Eiffel fit voir un sexe féminin
Qu'on ne lui soupçonnait guère
 


 

LE PARADIS TERRESTRE

Le collectionneur de bouteilles à lait
Descend chaque jour à la cave
Il halète à la
Onzième marche de l'escalier
Et tandis qu'il disparaît dans l'entonnoir noir
Son imagination se monte se monte
Kirikiki ah la voilà
La folie avec ses tempêtes
Tonneaux tonneaux les belles bouteilles
Elles sont blanches comme les seins vous savez
Vers la gorge
Où le couteau aime les très jeunes filles
Il y a des hommes dans les restaurants
Et dans les pâtisseries
Ils regardent les consommatrices et leurs repas
Froidit Leur chocolat
Ils aiment les voir prendre un sorbet
Ça c'est pour eux comme pour d'autres
La forêt féerique où les apparitions du soir
Se jouent et chantent
Mais quand par surcroît de délices une voilette
Sur la crème ou la glace met son château de transparence
On peut voir soudainement pâlir et rougir
Le spectateur aux dents serrées

Des exemples comme ceux-là la rue en
Est pleine
Les cafés les autobus
Le monde est heureux voyez-vous
 


 

FUTUR ANTERIEUR

Ils retournaient la terre
Sur de petites hauteurs
Au moyen d'un couteau traîné par un cheval
Puis avec des griffes semblables
Aux portes des châteaux forts légendaires dit-on
Ils brisaient comme verre
Les mottes où le ver blanc se réfugie

Avaient-ils dès ce stade lointain du rite traditionnel
La représentation blanche et or de l'objet du culte
Qui n'apparaîtrait que grâce à d'autres
À d'autres mains
Ou la connaissance de cet objet des mystères de sa naissance
Etait-elle purement réservée aux initiés On se le demande

C'est alors qu'ils jetaient les graines
D'une façon théâtrale à laquelle il fallait faire allusion
Pour que les messagers dont le costume
Oscillait entre la police et la mer
Consentissent à porter n'importe où les paroles écrites
Des amants séparés

Il est regrettable que pas un
De nos musées
N'ait conservé le tablier consacré
Où la main de l'officiant puisait les graines
Ce qui reste inexpliqué
Comment tout ne se dispersait-il pas dans le vent
Plus tard même après le passage
D'une machine qui rappelle
Ces instruments de bois usités dans les pensions de famille
Pour éviter la confusion des serviettes
Comment les oiseaux alors très nombreux
Ne dévoraient-ils pas les graines
Cela nous le savons car
On peut voir dans les collections de l'Ethnographic
De Philadelphie un fétiche
Qui est une croix fagotée à la mode d'alors
Etrange chapeau cylindre par malheur défoncé
Noir comme l'habit qu'il surmonte
On n'a fait aucun effort de figuration du visage
Mais on était arrivé à un tel degré d'abstraction dans
l'anthropomorphisme
Que les mains sont représentées par deux bouteilles
Qui devaient luire étrangement au petit matin

Il est à peu près établi que ces divinités que l'on fichait dans la
campagne
Etaient plus ou moins regardées comme conjuratoires
Et servaient à éloigner les oiseaux
Mais on a fait observer
Qu'à l'époque indiquée par le costume
L'idée de fétichisme avait évolué de telle sorte
Que si l'on tient compte de la singularité du vêtement
Il est probable
Que nous avons affaire à
Un simulacre érotique
Dont les sectaires entendaient sans doute doublement
Le mot semence et le mot épouvante

Ils retournaient la terre la hachaient
La souillaient la pétrissaient puis
Attendaient le printemps assis autour de grands feux clairs
Patience patience
Nous ne nous faisons aucune idée
De ce qu'était alors l'hiver
Réalité des saisons Les sévices de la mauvaise époque
Etaient tels qu'on se couvrait différemment pendant
Plusieurs mois de l'année puis tout
Se passait comme si
Les fourrures les flanelles tombaient avec les jours
L'été les gens allaient nu:, à la façon des boxeurs
C'était avant que les taches solaires
Aient étendu leur mélancolie au-dessus de nos têtes
Décembre cela signifiait quelque chose
Ailleurs que dans la poésie académique
On sait ce que j'entends par là
Un phénomène incompréhensible pour nous
Le Soleil
Probablement une sorte d'hallucination collective
Alternait avec la Neige que nous ne connaissons
Que par deux ou trois citations de Guillaume
Apollinaire et par
Le menu d'un repas de noces qu'on a retrouvé
Sur les berges de la Seine
Le printemps si étrange que cela paraisse
S'asseyait sur les fronts humains et le soir
Une espèce de rumeur montait des faubourgs
Avec des, chansons dont le thème invariable
Se mariait à l'apparition des premières fleurs
Faut-il croire les métaphores des écrivains
Et dans ces temps lointains la terre était-elle le siège
De perpétuelles métamorphoses
Ils prétendent
Que ce qui était vert devenait jaune
Que des végétaux de couleurs se levaient au milieu
Des champs sans utilité
Aucune
Le sol fou portait donc des bijoux comme une femme
Qui veut attirer les regards
Alors tout s'obscurcissait du vol des mouches
Des étoiles tombaient du ciel au début d'août
L'herbe se transformait en paille
Nous n'avons rien retenu des mystères de l'été
Qu'ils appelaient moisson liage
Vannage ou vannaison ou vannerie
Nous retrouvons la matière sacrée
Sous des pierres animées d'un mouvement circulaire
Par le vent par un âne par l'eau par le feu
Par l'électricité par l'endosmose par
La radioactivité le spectre 743 la
Persuasion
Elle est pareille au sperme et à la poussière
On la met dans des sacs de toile et les chiffres
Mêlent à ses pas leur danse Expédition
Transport Douanes ce sont
Des péripéties sans fin par des celliers des bateaux
Des routes
Des Bourses avec les abois de midi
Jusqu'à ce que s'allume un soupirail
Où rôtit un esclave auprès de grandes palettes
De bois vers l'heure où fatigués
Les journalistes quittent les salles de rédaction
Il ne reste plus qu'à manger le pin
P
I
N
Pain
P
A
I
N
Ou peint
P
E
I
N
T

Que pouvait signifier pour ces esprits sauvages
La déglutition quotidienne de ces baguettes
De ces miches
Symboles des deux sexes
Faudrait-il admettre l'hypothèse
D'une humanité tout entière phallivore
Pourquoi pas

La couleur du ciel changeait quand sur la table
Le pin gisait à l'envers
De même que les rognures d'ongles dans
La religion hébraïque
Il ne fallait pas le jeter mais le brûler
Et caetera On raconte
Qu'on mettait en prison ceux qui prenaient le pin
Sans laisser au prêtre poudré des rondelles de bronze

Il y a bien des obscurités
Dans tout ce qui touche à cette ancienne pratique
Du blé moulu cuit et mangé
 


 

GOBI 28

Plus rien ne m'est cher pas même
La douceur étrange de l'été
Pas même
La colère et sa soeur la brebis
Je ne veux plus rêver je déteste
Le sommeil je ne veux plus
Rêver
Plus rien ne m'est cher pas même l'amour
Et quand je dis l'amour ce mot comme une mer
Etoiles étoiles qu'êtes
Vous
Devenues
Vous ne niez pas l'existence du vent
Pourquoi s'interroger sur son existence à soi-même
Et si je nie l'existence du vent

Je comprends aujourd'hui ceux qui se mutilent
Ceux qui crèvent leurs tympans pour ne plus
Entendre un nom qui les fatigue
Leurs yeux pour ne plus voir la langueur d'autres yeux
Ceux qui lacèrent leurs lèvres afin
De les rendre hideuses de les
Rendre impropres aux baisers
À ce baiser qui est tout ce que j'ai retenu de la vie
Ceux qui brisent leurs dents
Ceux qui rompent leurs bras
Je comprends ceux qui s'émasculent

C'est tout ce que vous avez à me dire

J'ai regardé des morceaux de charbon
Comme ils avaient l'air heureux
J'ai regardé une boîte d'encaustique entamée
J'ai regardé sans rire des vaches à bécane
J'ai regardé toute une famille qui se grattait
Sur un bahut il y avait
Il y a eu
Un billet de loterie
Je l'ai pris
Je l'ai posé
Sur un autre bahut ébahi
J'ai regardé le billet de loterie
J'ai regardé le premier bahut
J'ai regardé le second bahut

Nous sommes précisément le jour anniversaire
Des 3 Glorieuses de la première des 3
Mais il s'en faut de deux ans que cela fasse
Cent ans
Dans deux ans
Il y aura des fêtes à Paris le soir à pareille époque
Aux flambeaux
On promènera des cadavres ce sera charmant
 


 

RAMO DEI MORTI

1

À force de s'en foutre
Ça finit par vous démanger
Je ne peux plus supporter le son des cloches
Cloches cloches ma vieille Poë
Il y a des particuliers qui trouvent ça poétique
Moi je n'aime pas qu'on me fasse entrer par les oreilles
La sottise parée absurdement de croix
On ne me trompera plus avec des sonnettes
Ça veut dire ce que ça veut dire
Je suis d'humeur à m'expliquer

Non Monsieur Barrès ce n'est pas la grandeur de Dante
Et tu penses Dante si
Je m'en tamponne le coquillard
D'avoir inspiré l'image saugrenue
De la Cavale à Barbier dont le nom fait rire
Un poème grotesque et lui cassa les reins
Vous remarquez le tour est brusque
De mes deux
Mais tout ce que j'entends en ce monde est comparable à ce bruit de scie
Romeu lunik' hopchet
Entre deux feux qu'on est pris entre deux feux
Les justes proportions et la grandeur à tout prix
Jenny l'Ouvrière et le Soldat Inconnu
C'est cornélien c'est cornélien en diable
Je ne vous cacherai pas que je peux sans frémir
M'imaginer le sommeil du condor ce volatile humoristique.
On ne fera pas de presse-papiers avec mes larmes
Parce que la vie est là
Simple et tranquille

Le comte de Kayserling pense qu'en 1903
Il s'efforça de rivaliser à Paris
Avec les meilleurs causeurs de l'époque
Cela
Mieux que le spectroscope du sucre dans le pipi
Donne la mesure des illusions humaines
120
Je ne peux pas attendre plus longtemps
Pour vous révéler que je tiens Rembrandt
Pour un peintre dégoûtant et très bête
Je dis l'essentiel quitte
À passer pour un peu vulgaire

Je ne peux pas ouvrir un journal sans tomber sur le caoutchouc
Lyrisme fausse truffe
Et les cochons de ma trempe ne détournent pas toujours leur groin
Du cénotaffetas des commémorations
Des garden parties dans le jardin des Affaires Étrangères
Et d'autres résidus plus ou moins destinés à la réussite
De héros en formations
De légendes à la noix sans parler de l'hystoire
Attention voilà
La Mélancolie

Dire que ces Messieurs l'Antique
Beau comme Pardon Sphinx
Tous des boxeurs des joueurs de golf des emmerdeurs
Plutarque serait publié dans L'Auto
Et il en est ainsi de toute chose y compris l'amour
Ça n'est pas vrai religions religions
Mais il ne sera pas dit que j'aurai
A ma barbe
Laissé s'installer encore des statues sans piétiner le plâtre

On s'intéresse à la vie des grands hommes
Leurs mots d'enfant leurs petits déjeuners
Comment ils ont acquis cette maîtrise ah la maîtrise
Bordel m'aura-t-on couru sur l'haricot avec la maîtrise
De soi particulièrement
Il y a du monde pour déplorer les écarts de conduite
De Raphaël et du pour dire c'est grâce à
Mais n'empêche que les navets de ce décorateur
Sont d'excellents baromètres anéroides
Pour la crétinerie aux sourcils relevés
Ainsi Milton et quelques autres
Je me demande vraiment ce que pouvait être Orphée
Je dois dire qu'une rigolade parfaite dans ce genre est en train
De s'installer à côté de Jésus Mahomet Goethe et autres birbes
Avec un nom fait pour l'imagination cette putain
Rabindranath Tagore
L'archicon parfois comporte l'humour

Tout est faux
J'écris ceci dans un café de Venise Tout est faux
Et je ne mettrai pas cette vérité en chanson


2

Tout est faux y compris l'amour

La vie intellectuelle cette expression vous déplaît
Mais j'ai besoin moi d'un peu rire
La vie intellectuelle
Je regarde passer les gens dans la rue
Bébés bolides
Le vermicelle de la réflexion
Ils ont quelque chose à penser
Prenons dans nos pincettes en cervelle
Les esprits supérieurs supérieurement supérieurs
Et faisons-les défiler sur cette place devant
Les tables vides les chaises de dentelle
La vie intellectuelle Ils croient à la continuité de ce qu'ils pensent
Ils sont préoccupés et méprisent
Ceux dont les yeux le coeur et la tête sont vides
Des billes snobant des grelots
Affaire de confort physique ou moral
Les uns ont le tout à l'égout dans l'introspection
Les autres le chauffage central dans l'idéatif
Ce que c'est que le progrès

À en croire les journaux d'aujourd'hui
On a tué l'Ennui l'Ennui est mort
Il n'est plus question de l'Ennui
C'est très mal de s'ennuyer
C'est dégénéré pas moderne déjà connu classé pourriture bourgeoise
Toc démodé fin de siècle nous sommes heureusement nous avons
heureusement
Dépassé ce stade dépassé
Le progrès toujours le progrès
Tout le monde s'ennuie d'abord c'est une crise
Et puis la vie

Il y a un mot que je ne comprends pas ici

Le phonographe tourne j'aime ce raclement
Ainsi ON ce géant aux lunettes de fer
Ne s'ennuie plus
L'Ennui
Est
Mort

VIVE L'ENNUI

Comment osent-ils donc pourtant lever la tête
Ceux qui ne s'ennuient pas les vers blancs de la vie
Tout est faux y compris l'amour
J'écris ceci vers la fin d'août
À Venise
À Venise
À Venise
Ne comptez pas sur moi pour développer ce mot
 


 

97-28

Me voici sur mon trente-et-un
Paraît
Que les petits cochons
Les petits cochons
Ne m'ont pas mangé
Allons
Les grands cochons
Me mangeront
 


 

CHANSON À BOIRE

Si les verres étaient vraiment des verres
Et non des aérostats
Voguant la nuit vers les lèvres peintes
Les mains seraient-elles encore des oiseaux

Mains qui se ferment sur l'alcool
Mains qui étreignent le grisou

Les moutons qui paissent la nappe
N'ont pas peur des colombes à cause
De leur blancheur
Laissez-moi rire

Colombes vous n'êtes pas seulement redoutables
Pour le ballon captif qui me ressemble
Comme un frère mais
Aussi pour le plomb de la plaine

Regardez regardez comme les mains que j'aime
Au matin quand les enseignes lumineuses
Rivalisent encore avec l'aurore comme
Elles savent plier l'échine des moutons
Craquez vertèbres
Ah ah l'argenterie était fausse
Les cuillers comme des balles sont en plomb
 


 

POÈME À CRIER DANS LES RUINES

Tous deux crachons tous deux
Sur ce que nous avons aimé
Sur ce que nous avons aimé tous deux
Si tu veux car ceci tous deux
Est bien un air de valse et j'imagine
Ce qui passe entre nous de sombre et d'inégalable
Comme un dialogue de miroirs abandonnés
À la consigne quelque part Foligno peut-être
Ou l'Auvergne la Bourboule
Certains noms sont chargés d'un tonnerre lointain
Veux-tu crachons tous deux sur ces pays immenses
Où se promènent de petites automobiles de louage
Veux-tu car il faut que quelque chose encore
Quelque chose
Nous réunisse veux-tu crachons
Tous deux c'est une valse
Une espèce de sanglot commode
Crachons crachons de petites automobiles
Crachons c'est la consigne
Une valse de miroirs
Un dialogue nulle part
Ecoute ces pays immenses où le vent
Pleure sur ce que nous avons aimé
L'un d'eux est un cheval qui s'accoude à la terre
L'autre un mort agitant un linge l'autre
La trace de tes pas Je me souviens d'un village désert
À l'épaule d'une montagne brûlée
Je me souviens de ton épaule
Je me souviens de ton coude
Je me souviens de ton linge
Je me souviens de tes pas
Je me souviens d'une ville où il n'y a pas de cheval
Je me souviens de ton regard qui a brûlé
Mon coeur désert un mort Mazeppa qu'un cheval
Emporte devant moi comme ce jour dans la montagne
L'ivresse précipitait ma course à travers les chênes martyrs
Qui saignaient prophétiquement tandis
Que le jour faiblissait sur des camions bleus
Je me souviens de tant de choses
De tant de soirs
De tant de chambres
De tant de marches
De tant de colères
De tant de haltes dans des lieux nuls
Où s'éveillait pourtant l'esprit du mystère pareil
Au cri d'un enfant aveugle dans une gare-frontière
Je me souviens

Je parle donc au passé Que l'on rie
Si le coeur vous en dit du son de mes paroles
Aima Fut Vint Caressa
Attendit Epia les escaliers qui craquèrent
Ô violences violences je suis un homme hanté
Attendit attendit puits profonds
J'ai cru mourir d'attendre
Le silence taillait des crayons dans la rue
Ce taxi qui toussait s'en va crever ailleurs
Attendit attendit les voix étouffées
Devant la porte le langage des portes
Hoquet des maisons attendit
Les objets familiers prenaient à tour de rôle
Attendit l'aspect fantomatique Attendit
Des forçats évadés Attendit
Attendit Nom de Dieu
D'un bagne de lueurs et soudain
Non Stupide Non
Idiot
La chaussure a foulé la laine du tapis
Je rentre à peine
Aima. aima aima mais tu ne peux pas savoir combien
Aima c'est au passé
Aima aima aima aima aima
Ô violences

Ils en ont de bonnes ceux
Qui parlent de l'amour comme d'une histoire de cousine
Ah merde pour tout ce faux-semblant
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L'amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire
Un air une ombre d'ombre un nom jeté
Que tout brûle et qu'on sait au fond
Que tout brûle
Et qu'on dit Que tout brûle
Et le ciel a le goût du sable dispersé
L'amour salauds l'amour pour vous
C'est d'arriver à coucher ensemble
D'arriver
Et après Ha ha tout l'amour est dans ce
Et après
Nous arrivons à parler de ce que c'est que de
Coucher ensemble pendant des années
Entendez-vous
Pendant des années
Pareilles à des voiles marines qui tombent
Sur le pont d'un navire chargé de pestiférés
Dans un film que j'ai vu récemment
Une à une
La rose blanche meurt comme la rose rouge
Qu'est-ce donc qui m'émeut à un pareil point
Dans ces derniers mots
Le mot dernier peut-être mot en qui
Tout est atroce atrocement irréparable
Et déchirant Mot panthère Mot électrique
Chaise
Le dernier mot d'amour imaginez-vous ça
Et le dernier baiser et la dernière
Nonchalance
Et le dernier sommeil Tiens c'est drôle
Je pensais simplement à la dernière nuit
Ah tout prend ce sens abominable
Je voulais dire les derniers instants
Les derniers adieux le dernier soupir
Le dernier regard
L'horreur l'horreur l'horreur
Pendant des années l'horreur

Crachons veux-tu bien
Sur ce que nous avons aimé ensemble
Crachons sur l'amour
Sur nos lits défaits
Sur notre silence et sur les mots balbutiés
Sur les étoiles fussent-elles
Tes yeux
Sur le soleil fût-il
Tes dents
Sur l'éternité fût-elle
Ta bouche
Et sur notre amour
Fût-il
TON amour

Crachons veux-tu bien
 


 

RIEN NE VA PLUS

Je suis un diamant et la vie est la vitre
Où les ouvriers ont écrit merde à défaut
De toute autre possible appréciation du paysage
Imbécile paysage
Je suis un solitaire Éléphant ou carbone
Au doigt des forêts ma force et ma faiblesse
J'ai perdu le sens et l'ivresse des complicités

Maintenant parle à voix haute dans ta chambre
Maintenant laisse fuir les heures comme un pantalon de dentelle
Maintenant sois mauvais la roue où se prennent
Les phalanges des curiosités pardonne
T-elle Tictac tant mieux
Tant pis Tempête
Et que la soufflerie active au blanc l'incandescente ardeur
Aux mains des fugitives sous les architectures de fer

Vous tiendrez enfin les femmes pour ce qu'elles sont
Vous ne veillerez plus dans les rideaux des fenêtres
Vous ne reconnaîtrez plus une main gantée à l'appui des voitures
Vous ne frémirez plus quand vous entendrez rire
Vous aurez du ciel une conception de préférence
Astronomique
Vous direz

Merde à tout ce qui prend au baiser que je donne
Un écho de mon coeur pour rire et pour chanter
Merde à celle qui lit dans mes yeux
Ô les monstres
Ô les espionnes du délire les mémoires
Merde aux maîtresses qui retiennent dans leurs cheveux
Les mots que je sème quand j'aime
Je défends à la pince Monseigneur avec qui j'ai couché sans méfiance
De faire briller aux lueurs étrangères ses rapines
Fantômes jamais compris enfants du double abandon
Merde aux caresses phénix
Merde au phonographe femme
Merde à ces bras enchanteurs qui voudraient retenir mon ombre
Aux lèvres parleuses qui gardent encore et la forme et l'accent de mes
lèvres
Aux yeux qui me brûlaient pour mieux surprendre
Une expression atroce du visage Aux oreilles
Qui dans le claquement des mille portes guettaient
Le pas déchaussé des contradictions familières
Ondine merde à toi puisque tu vas dans les demeures des hommes
Portant le souvenir comme un bijou flétri
Ondine ondine
Adieu

Où suis-je Ma main ne rencontre dans la nuit
Rien Plus la gémissante muraille
La douceur l'ombre têtue
Plus comme l'eau des lacs les roseaux la pliante
Pâleur qui suivait encore ma lassitude
Plus la proximité mouvante d'un mystère
La flamme endormie
Plus rien
Rien
L'absence répercute au fin fond des fontes
Dans des machineries de cristal
Le souvenir de neiges qui s'envolèrent
Neiges vous toutes si soudain
Le vent polaire qui glace aujourd'hui la campagne
Vous ramenait vous toutes sur le toit de la maison
Vous toutes
Feuilles Fleurs Hermines de l'air
Vous Braise et vous Étincelle
La Chanson La Fraîcheur La Folie
Celle qui n'a pas voulu et celle
Qui est morte et celle même qui jetait
Des bagues la nuit dans la Seine
Les rieuses les furieuses
Les furtives les éphémères
Ô lampes que de mains vous voilent
Les éternelles les étoiles

Et toi l'Abeille Et toi l'Abeille
Et toi et toi

 


 

 

 Paris 1929 Editions Gallimard Droits réservés